Étendard

Quatrième partie


 

RÊVE ENCHANTÉ

Charlie Chaplin nous a tous émus.
Avec la même simplicité
d’un film muet
il est parti en rêvant.

(1977)


FAIT HISTORIQUE

Dans une nuit d’orage
saluant l’aube d’une nouvelle amnistie
sous la pluie
qui tombait du ciel noir je lavai mon âme offensée.

(1978)


SHOPPING

Je vis dans le contre-sens
d’une époque vouée au shopping
où la télévision, devenue l’idole des masses
est une nouvelle Mecque
canalisant l’esprit des téléspectateurs
comme dans un pèlérinage de pénitents.

Je vis dans le contre-sens
d’une époque vouée au mensonge
où la propagande
viole la dignité humaine
imposant normes et coutumes stéreotypées.
— Même l’amour est banal
car cette dictature de simboles sexuels
reste impunie.

(1979)


PUBLICITÉ

Dans les villes envahies
par la propagande des multinationales
le jeune brésilien
ne sait rien
de son identité nationale.

(1980)


CRÉATION

Paroles par-ci, paroles par là,
le poète choisit
celle-là: Communication.
Et les vers blancs en lettres noires
souillèrent la virginité des pages
par le jet
de leurs idées pleines d’espérance
et d’incohérence.

Essayant de parler d’amour et de paix
de liberté et de bonheur
j’ai cherché dans la polémique
la valeur du non et le pouvoir du oui.
Un jour, j’ai rêvé
de la simplicité du poème.
Non du poème parfait
écrit pour les salons et les éditeurs
ou la jouissance des critiques.
Abordant franchement
l’information des valeurs du public.
Le langage que l’on donne à mes vers
ne cesse de me surprendre.

(1980)


PÂQUES FLEURIES

Il y a bien longtemps
la mort de Jésus
fut un acte
grave

Le Christ fut jugé
torturé
et porta sa croix.

Aujourd’hui
notre croix de tous les jours
est un droit de grève
que l’ouvrier,
Christ journalier,
porte désespéré
pour un meilleur salaire.

(1987)


MON ART

Le poème est un art vivant
Artisanat.

Le poème, en fait, est une arme.

La poésie
est mon étendard,
mon arme, mon art.
Lentement, je la conçois
pour occuper des espaces
enregistrant au jour le jour
sans opinions ni fioritures,
sans masques d’arlequin.
Mes vers sont explosés
pour atteindre tout le monde
comme des éclats,
pleins de vérité et d’émotion.

(1988)


 

 

 

LE MASSACRE DE PÉKIN

Sur la Place de la Paix
où l’on fit la Guerre

Sur la Place Céleste
les soldats de la Mandchourie
tuèrent le songe de la jeunesse.

Dans l’avenue de la Paix Éternelle
au nom de la Liberté
un jeune chinois brava
les tanks de l’horreur.

Sur la Place de la Paix Céleste
les rafales de mitrailleuses
massacrants des jeunes innofensifs
tuèrent le rêve et l’espoir
de la Révolte Pacifique.

Sur la Place de la Paix
le songe de la liberté
fut enseveli.

(1989)


CARNAVAL

Carnaval de Bahia
inouï, le public
est une poésie céleste.

Tous veulent de la place
un espace natural
où s’amuser, unis
par le rythme frénétique
de l’alégresse
au milieu des couleurs et de la poésie
du Carnaval de Bahia.

Cette année, je vais défiler dans la rue
vêtu de la chemisette bariolée
de mon bloc préféré.
Je vais m’amuser
protégé par des cordons d’acier.
Là, je le sais, j’aurai tout le temps
de jouir de mon amour.

Si mon groupe ne sort pas,
je danserai dans la rue.

Je veux voir la foule unie
sur la place, dans l’avenue, n’importe où
et je vais créer mon propre espace
pour t’inviter à connaître la plus grande étreinte.

(1993)


 

 

 

 

 

 

LE TEMPS DES ENFANCES

à Sergio Mattos

J’ai tiré de tes vers
les larmes
les douleurs et les tristesses
de tout homme crucifié.

J’ai tiré de tes vers
les joies
les chansons et les sourires
de tout homme heureux.

J’ai tiré de tes vers
les moments
la magie et la vérité
de tout amour.

Mais ce qui m’a le plus ému,
plus que tes songes de liberté
et tes passions
ce sont les vivants souvenirs
sereins, de ces enfances
qui ne meurent jamais.

Laurence Daniel Bloom (1996)