Étendard

Troisième partie

"Les anges reconnaissent l’amour d’un homme au son de sa voix, sa sagesse par le ton de sa voix et son savoir par le sens de ses paroles."
Swedenborg

 

CONSCIENCE ENDORMIE

Dans les campagnes
l’espérance continue à fleurir
sur les feuilles vertes.
Chez les hommes
la fleur de la conscience est dépouillée
parce que l’honnêteté est encore timide.

                        (1967)


SOURIRE EN FLEUR

Sourire en fleur
Liberté des jangadas1
Enfant d’amour
la paix est arrivée.

Fleur dépouillée
jangada sans pêcheur
Enfant perdu
La Guerre ? C’est la douleur...

Rosier en fleur
Poisson dans la jangada
Enfant venu
Compréhension en retard

L’heure est venue
La Paix est enfant
La guerre est finie
désormais, et sans retard.

1 Jangada. Petite embarcation rustique que les pêcheurs du Nordest brésilien utilisent pour aller pêcher, parfois même en haute mer.

                      (1967)


LE TEMPS PASSE

Il y a quelque temps
dans ce hameau
que le progrès a transformé
existait un enfant
que je n’ai plus jamais revu.

Enfant espiègle
grandissant, grandissant,
il grandit
et un jour, il s’en alla.

De temps en temps, en rêve,
je retrouve
le souvenir de cet enfant
que je fus.

                     (1967)


SOUVENIR

L’enfance disparaît
Le souvenir demeure
L’enfance passe
et ne revient plus...
La nostalgie apparaît
qui ne passe pas...

                (1967)


DES FORMES VIVANTES

Avec une volonté vaine
tu sculptais les ombres
quand tout-à-coup

   créateur
   tu transformas l’aube

et les formes vivantes
commencèrent à vibrer.

                                              (1968)


INQUIÉTUDE

Depuis longtemps
les nuits sans lumières
n’existent plus
— Tout est illuminé

Depuis longtemps
une rue silencieuse
n’existe plus
ni le mouvement sur les plages
— J’aimerai tant la paix pour tout le monde

Les larmes aux yeux
et la paix dans les coeurs
n’existent plus
— Je pleure pour tout le monde

                           (1968)


IDÉE

Le monde des choses
est dans les mains du poète

Avec les mains, il forme
le destin de tous les êtres

Comme nous vivons
dans un monde sans défenses
Le poète est le gardien du temps.

                       (1968)


ÉPISODES

I

Mon regard était loin,
vague, cherchant
différentes choses...
— Rêveur.

II

Si on me faisait taire,
les barreaux du silence
m’enseigneraient à parler
car je suis un enfant.

III

Ce serait lamentable
si en torrents de larmes
je cherchais la joie...

             (1968)


À UN POÈTE

à Vinicius de Moraes  

En chantant
je fis parvenir
à mes sens
le merveilleux
bruit de la mer

C’était un homme
un homme
qui aura tout découvert
– c’était un poète –

Avec lui, j’ai erré
dans une nuit sans lune
dans un jour sans paix
et dans un monde sans Dieu...

                          (1968)


ESPACE VIDE

Dans les fragments du temps
dans le vent tourbillonant
demeurent les sentiments rompus.

Innondant la terre ensanglantée
un témoin est enchaîné
sur les désirs de l’abondance

Et dans les brumes du matin,
les pensées révoltées
sont enfouies
dans une rosée d’argent
par le poète qui s’exprime
à la poursuite de la liberté

                          (1968)